Auteur : <span>Eva Alibay</span>

Comprendre et accompagner le fonctionnement de l’enfant hypersensible ( 1ère partie)

Un enfant n’est hypersensible que parce qu’il n’est pas compris. Avec un accompagnement qui lui correspond, il sera seulement un enfant avec une belle sensibilité sur laquelle il pourra s’appuyer et qui lui servira de ressource dans de nombreuses situation.

La métaphore du zèbre dans le troupeau d’éléphants

Avec les familles, j’utilise une métaphore qui va permettre à chacun de mieux comprendre ce qu’il se passe. J’explique que certains enfants sont comme des zèbres dans un troupeau d’éléphant (le zèbre étant aussi l’animal choisi pour représenter les enfants précoces, on peut changer d’animal pour éviter les catégorisation et l’enfant peut choisir lui même son animal de prédilection). Le zèbre fait tout ce qu’il peut pour être comme faire comme les autres. Il essaie de barrir, de prendre l’eau avec sa trompe,.. parce qu’il pense qu’il est un éléphant. Et les parents, très gentiment, essaient de le pousser à faire toutes ces choses qu’il n’arrive pas à faire. Et même parfois ils l’encouragent avec beaucoup de bienveillance « je suis sûr que tu en es capable, j’ai confiance en toi, je sais que tu es aussi intelligent/rapide/… que les autres. Tu peux y arriver… ».

Alors le zèbre essaie de toutes ses forces, il se fatigue et en plus ça ne marche pas. Il se sent de plus en plus « râté » et par-dessus le marché il fait souvent des grosses crises émotionnelles parce qu’il sature, que tout lui échappe et qu’il essaie de contrôler de plus en plus sans succès. De l’autre côté, les parents souvent s’impatientent et s’essoufflent en faisant de leur mieux pour être soutenants, bienveillants, encourageants… sans résultat. Ils contrôlent aussi de plus en plus, mettent de plus en plus d’énergie et saturent et se sentent impuissants, ce qui fait écho au sentiment d’impuissance de l’enfant.

L’échelle émotionnelle de l’enfant sensible

Les enfants sensibles ont une échelle émotionnelle différente de la notre. Si on imagine que notre intensité émotionnelle va de 1 à 10, la leur est bien plus étendue. Ici on peut prendre un exemple avec une echelle de 1 à 30 .

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
5 10 20 25 30

La zone de confort émotionnelle peut aller de 1 à 5. Ce sont les émotions qui sont facilement gérées, agréables et qui nous traversent au quotidien. Mais là où un signal de 3 par exemple, sera confortable pour nous, ils seront déjà à 10 et auront utilisé des ressources supplémentaires pour s’adapter.

Comme tous les êtres humains, à partir d’un certain inconfort, ils vont réagir. Soit en criant, pleurant, hurlant. Soit pire ( plutôt avec des personnes peu dans l’émotionnel en face) ils vont se bloquer. J’ai souvent des parents qui me parlent d’un enfant « sans émotion », « on le punit, on crie, on dirait que ca ne lui fait rien, il rigole quand on le dispute,…. ».

Dans ces cas on fait un travail pour redescendre grandement le niveau émotionnel.

Quand l’enfant est en surplus émotionnel trop fréquent, il va finir par sur-réagir au moindre micro signal car il finira par être en saturation permanente . Ce qui engendre des réactions en face du style «  de toute façon il ne supporte rien. Quoi qu’on fasse ça ne change rien il va mal réagir. Il peut partir en crise pour une assiette qui est décalé de 2cm,… ».

On observe la même chose chez des enfants moins sensibles notamment dans la géniale période des 2/3 ans mais de manière moins intense.

La connexion entre le cérébral et l’émotionnel

Ce sont des enfants qui assez rapidement, vont déconnecter le cognitif de l’émotionnel. L’environnement autour ne parvient pas à les accompagner à donner du sens à leur fonctionnement émotionnel. Ils ne vont pas apprendre à gerer leurs émotions et vont utiliser des stratégies souvent épuisantes pour les mettre de côté. En parallèle, ils vont s’appuyer de plus en plus sur leur système cognitif et intellectuel. Il y a de grandes similarités entre les enfants précoces et les enfants hypersensibles et assez souvent les deux sont liés.

Ils vont  se retrouver de plus en plus bloqué par le fait qu’il SAVENT qu’ils ne devraient pas réagir comme ils le font, mais qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Cela va renforcer le sentiment d’impuissance et empêcher d’accompagner le système émotionnel. Les adultes vont aussi souvent s’adresser à ces enfants par l’explication et le mental mais cela ne fonctionnera pas tant que les systèmes cognitifs et émotionnels ne seront pas reliés.

Pour continuer…

Dans un second article vous trouverez des outils pour mieux accompagner ces enfants et éviter les blocages relationnels.

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